Dockinoscope

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mercredi, mars 2 2011

True Grit - Ethan et Joel Coen ( 2010 )


Mattie Ross, une très jeune fille de 14 ans, a pour ambition de venger la mort de son père, froidement abattu. Pour cela, et après d'habiles négociations pour réunir un capital suffisant, elle embauche Rooster Cogburn, un Marshal, pour retrouver l'assassin. Mais si la route qui mène à la justice est semée d’embûches et de dangers ; elle est aussi ponctuée de rencontres, dont celle d'un ranger du Texas aussi archétypal que courageux ou d'un médecin loufoque et quelque peu inquiétant.

Le True Grit ( véritable cran ), Mattie l'a bel et bien, et elle le prouve dès les premières minutes du film. Elle s'impose comme une véritable héroïne de fiction, et sa verve aiguisée apporte à l'écran le dynamisme qui fait peut-être défaut à l'univers du Western. Plus encore que le dynamisme, se parti pris dépoussière le schéma classique du personnage principal typique du genre, grand, fort, et trop bronzé.
Comme toujours chez les frères Coen, la mise en scène est méticuleuse, et la photographie, soignée, ( que l'on doit encore une fois à une collaboration avec à Roger Deakins ) est un régal pour les yeux. Les plans, longs – peut être parfois juste un peu trop - et silencieux, s’enchaînent et laissent se découvrir un Far-West majestueux. La neige et les étoiles font office d'écrin pour les plaines arides et désertes, les forêts d'arbres nus. Car tel est le théâtre de l'histoire qui nous est contée, par une voix-off justement dosée et qui sait se taire pour laisser vivre les images.
Le scénario, quant à lui, n'est pas des plus audacieux, mais enfin, il faut considérer avec True Grit la réadaptation d'un genre, et surtout, un "remake". Les frères Coen réhabilitent ainsi les vrais héros, pas toujours vraisemblables ni même humains, dans un cinéma qui s'obstine à les faire disparaître au profit de la psychologie du possible. C''est sûrement à cette volonté que l'on doit la chevauchée assurée du marshall à 1 contre 4. Il est par ailleurs intéressant de constater qu'outre cette mise en avant du courage et du «  cran », les personnages s'échappent parfois du manichéisme dans lequel ils s'inscrivent. Ici, le « bon, la brute et le truand » s'entremêlent pour laisser place à des figures un tantinet plus complexes. Mais s'il est une chose à laquelle les protagonistes n'échappent pas, c'est bien la fatalité et l'inéluctable passage du temps. En témoigne les quelques derniers mots de Mattie qui s'éloigne finalement vers l'infini et l'épitaphe qui nous fait front pendant le générique de fin. C'est un beau cadeau qui est fait là au cinéma, dont on sent un profond amour du côté de la réalisation, un hommage «  in loving memory » à un genre presque oublié, tel qu'on peut le lire sur la stèle.

Black Swan - Darren Aronofsky ( 2010 )


Nina est une ballerine aussi talentueuse qu’innocente ; elle vit encore chez sa mère, une danseuse visiblement ratée, qui se montre exclusive et intrusive. Son plus grand rêve est d’interpréter la reine des cygnes, mais pour cela, elle doit se libérer de la rigidité et du contrôle qu'impose la danse classique et sa haute maîtrise. Allier technique irréprochable et sensibilité, tel est son grand défi, telle est la perfection qu'elle désire atteindre.

On peut dire que Black Swan est un film très élégamment superficiel. C'est peut-être à cette élégance que l'on doit en partie l'attitude extatique des spectateurs, à moins que cela ne vienne de l'arrosage médiatique mis en œuvre depuis quelques semaines. Un film agréable à regarder, sans conteste, mais dont la profondeur et l'impact s'avèrent finalement décevants. Il est, cela dit, intéressant de se trouver au centre du glissement entre la réalité quasi-documentaire et le fantastique, qui va de paire avec celui de la fragilité – pour ne pas dire niaiserie – du personnage vers son côté obscure. Mais c'est justement de ce côté là que le bas blesse. Car pareillement à Nina qui a du mal à se laisser aller vers des abîmes plus sombres et sensuelles, Aronofsky ne fait que survoler son propos, restant cette fois-ci aux frontières de ce qu'on pourrait appeler le « hollywoodement » correct. Notons malgré tout l'absence du traditionnel happy end qui vient ramener un peu le film vers des chemins moins balisés. On connaissait chez Aronofsky une grande maîtrise des codes du fantastique pour illustrer le trouble psychique et intégrer un doute dans l'esprit des spectateurs, et l'on se doit de saluer la joliesse et subtilité de certains effets. Cela ne suffit pourtant pas à rendre à l'ensemble un souffle de créativité. Certes, il y a de l'érotisme, du lesbianisme, une mère maladivement abusive et des miroirs brisés ; autant de motifs destinés à faire comprendre au plus grand nombre que quelque chose est en train de se passer, et pourquoi cela se passe, sans vraiment rentrer à bras le corps dans la question. Ainsi, si la forme est efficace, le fond s'étiole un peu. La thématique du double, par exemple, n'est abordée que par des voies spectaculaires et sommaires, privant alors le spectateur de toute ébauche de réflexion. Il en va de même pour le traitement de la paranoïa du personnage, ou sa recherche désemparée d'identité ; rouages psychologiques donnés en pâture grossière, voire indigeste, aux spectateurs. Heureusement que l'habileté d'Aronofsky pour mettre en scène peut aisément séduire et faire frissonner.

Malheureusement, on ne sait plus vraiment si le cinéaste a voulu illustrer une métamorphose, la justifier, ou simplement filmer l'envers du décor de l'univers de la danse classique – ce qui reste par ailleurs l'aspect le plus original et réussi du long métrage. Mais peut-être a t-il voulu s'atteler aux trois tâches, nous laissant alors à voir un film sans conteste académiquement réussi et accessible, mais sans grande audace et véritable intention artistique. Car dans Black Swan et malgré l'aspect confus des intentions du cinéaste, tout est dit, et nous n'avons plus qu'à voir, à apprécier, pourquoi pas. Mais aussi reposant que cela puisse être, on pouvait s'attendre à être transportés, nous aussi, vers d'autres rivages que celui de la passivité. Cela dit, peut-être que la jolie coquille vide que nous semble être le film n'est finalement qu'un pied de nez au monde des apparences, écho à ce qu'est la belle Nina, dont le visage se fissure finement sur l'affiche du film.

mercredi, juin 9 2010

Comment mal utiliser 31 millions d'euros.


Les Aventures extraordinaire d'Adèle Blanc-Sec - Luc Besson - 2010

Adèle nous ballade longtemps pour ne nous conduire qu'à du vide. Rien ne sauve finalement un navire pourtant ostensiblement couteux ; pas même la communicative joie de vivre de Louise Bourgoin, qui arrive en fait comme un cheveu sur la soupe. Besson semble se perdre de plus en plus dans des codes obsolètes d'un cinéma grand spectacle dont il n'est qu'un enfant illégitime et dans la profonde fainéantise. Car si fiction et frisson il peut y avoir, cela ne suffit pas à faire du cinéma. Les personnages semblent se démener dans un exercice de style, pour coller à des mimiques de bédé dans un univers stylisé à outrance, et y perdent l'intégralité de leur substance. Danger de l'illustration vide de réflexion. En résumé, car avec toute la bonne volonté du monde, il n'y a pas grand chose à dire ; le film ressemble à un Jeunet raté avec une pointe de Nuit au musée. Et ce n'est pas un joli site web qui transformera Cendrillon en princesse, mais ça valait le coup d'essayer.

Adele

Kitano un jour, Kitano...



Achille et la Tortue - Takeshi Kitano - 2010

Achille et la tortue, où comment, après Glory to the film maker et Takeshis , Kitano termine - c'est du moins ce qu'il annonce - son introspection annoncée et sa dissection de l'image. A qui n'a pas une culture Kitanesque, le film peut paraître un peu trop décousu, et les enjeux assez évasifs, voire compliqués. Ceci étant, Kitano offre à qui veut bien regarder un film véritablement beau. Trois esthétiques se succèdent, pour dépeindre les trois cycle de la vie.

L'enfance a des allures de paysages à la Ozu, vastes et vivants. Puis la jeunesse, à la ville, se fait plus métallurgique, dure et grise. Enfin, l'age mûr retrouve les couleurs de l'enfance – nous parlions de cycle, pas de phases -, dans un savant mélange entre froideur du monde et innocence retrouvée. Le film n'est pas, ceci dit, une autobiographie traditionnelle. Car s'il débute par un drôle de manga nous contant le mythe et paradoxe d'Achille et la tortue, c'est bien pour nous désigner la valeur de fable du dit long-métrage. Un joli moyen de faire un pied de nez à la vraisemblance et autres valeurs parasites du cinéma.

Plus que l'histoire dramatique de Machisu, le bon artisan et mauvais artiste, c'est bien sûr la question de la condition de l'artiste et de l'art qui est traitée. De quoi faire jaser, d'ailleurs. Car Kitano, comme à son habitude, ne s'embarrasse pas de beaucoup de salamalecs pour en venir au cœur du problème. Dénonçant au passage l'hypocrisie latente qui règne dans le milieu. Qu'est ce qui fait art ? Qu'est ce qui fait artiste ? Qui en décide ? Au cœur des ces vibrantes interrogations, Machisu est broyé. Kitano, en un film, aborde tous les rouages d'un questionnement aussi vieux que l'homme. Tout y passe, l'imitation ( la Caverne platonicienne ), l'empreinte ( de l'art préhistorique à Klein ), en allant s'acoquiner du côté du média et du produit ( l'art à l'ère de sa reproductibilité … ). Un brillant mélange qui aurait pu être d'une insupportable lourdeur mais qui, finalement, s'ingurgite sans broncher. Le film gagne ainsi un aspect didactique appréciable.

Arrive avec le personnage même de Machisu alors un autre axe de réflexion : Quels sacrifices peut-on faire pour approcher l'Art ? Avec un humour plutôt irrésistible mais d'une noirceur impressionnante, Kitano conte la vie de ce peintre malchanceux mais déterminé dans son combat contre l'Art. Mieux qu'un combat, une course serait le bon terme. La course d'Achille, terrible et douloureuse, et surtout vaine. Car dans cette quête vers la reconnaissance en tant qu'artiste et l'apaisement ( car Machisu, dans cette amour irrationnel pour l'Art, passe à côté de sa propre vie, et plus encore, des autres ), tout semble être fait pour éloigner le peintre de son but : devenir artiste.
Kitano offre d'ailleurs un crescendo extrêmement subtil qui nous plonge dans la folie profonde de Machisu. La folie qui se fiche bien de la mort ou de la vie. Pourtant, au cours une halte dans le monde réel ( extérieur à la course ), Machisu trouve l'amour, qui, peut-être, sera son seul salut. Nous pouvons dire alors, qu'encore une fois, nous avons à faire à un film-bijou, précieux et fin. A la fois terriblement touchant et noir, mais aussi hommage vibrant à la passion et à ceux qui s'y sont perdus.

kitano

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